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lundi 10 mars 2014

Un petit tour en Corée du Nord : "Pyongyang" de Guy Delisle

L'auteur Québécois Guy Delisle nous invite en Corée du Nord avec cette BD autobiographique. Employé par un studio d'animation français, il relate son quotidien dans la capitale et son état permanent de choc culturel durant les 2 mois passés là-bas... Et nous, en tant que lecteur, on apprend beaucoup d'un pays où l'on a jamais mis les pieds! (et où -soyons réalistes- peu d'entre nous y mettront jamais les pieds...)

Ce que j'apprécie dans le style de Delisle, outre son coup de crayon très agréable, léger mais efficace, c'est sa neutralité. Il ne prend pas parti, il relate juste ce qu'il voit; à travers des anecdotes parfois tragi-comiques, et c'est à nous d'en tirer des conclusions.

Avant ma lecture, j'avais une image très négative de la Corée du Nord, et depuis... Je l'ai toujours! Mais j'ai cependant appris beaucoup de choses très interessantes à travers cette BD. Je n'avais par exemple pas du tout conscience que beaucoup de pays occidentaux (la France en particulier) étaient si bien implantés en Corée du Nord, avec des ONG et des entreprises commerciales. En terme de main d'oeuvre bon marché, la Corée du Nord apparait comme la nouvelle Chine.

Voici un petit aperçu de ce qu'on peut découvrir sur le pays (et ça fait froid dans le dos...)

Extrait de la version anglaise "Pyongyang - a journey in North Korea" © Guy Delisle
Chaque étranger est accompagné partout par un guide et un traducteur qui font office de chaperon et vous emmènent seulement dans les zones autorisées où vous pourrez prendre des photos "convenables". Les gens dans la rue ont interdiction d'adresser la parole aux étrangers, celà serait vu comme un comportement très suspect. 
Extrait de la version anglaise "Pyongyang - a journey in North Korea" © Guy Delisle
L'oppulence montrée aux étrangers (le métro ou le musée par exemple) n'est qu'un miroir de fumée qui cache la misère du peuple. Tout semble stérile et uniforme, il n'y a aucune place pour l'imprévu ou la créativité.
Extrait de la version anglaise "Pyongyang - a journey in North Korea" © Guy Delisle
Macdonald's, les jeans et le coca sont des produits interdits, et les Américains ne sont pas du tout les bienvenus, mais certaines règles peuvent être contournées par les étrangers dans le pays, car "pour le bon prix, tout est possible". Ainsi, en buvant du coca là-bas, on peut se sentir un peu comme un rebelle, comme l'explique Delisle! 
Extrait de la version anglaise "Pyongyan - a journey in North Korea" © Guy Delisle
 La vie est completemment régie par le gouvernement. La Corée du Nord est la seule dynastie communiste au Monde. Les leaders Kim Jong II (à l'époque) et son père Kim II-Sung sont considerés comme des dieux. On retrouve partout des slogans communistes et il y a une bannière sur chaque bâtiment, un portrait sur chaque mur, une broche sur chaque veste. La dévotion que les coréens du nord on pour leur leader est quelque chose d'assez difficile à comprendre pour nous occidentaux.... Mais sans contact avec le monde extérieur (c'est le seul pays au monde qui n'est pas connecté à internet) et la propagande constante, c'est tout ce qu'ils ont jamais connu.
Extrait de la version anglaise "Pyongyang - a journey in North Korea" © Guy Delisle
Il est aussi terrifiant d'apprendre que la Corée du Nord a la 4ème plus grande armée au monde avec un million de soldats et près de 4 millions de réservistes. les hiérarchies de l'armée s'étendent à la vie normale.

Je recommande vivement cette bd, qui se lit très (trop) vite, pour tous ceux qui aimeraient en apprendre plus sur la Corée du Nord et/ou qui aime les récits de voyage un peu originaux!
Guy Delisle
Editions de l'Association
2003 
152 pages
environ 23E

Du même auteur, d'autres carnets de voyage à découvrir d'urgence:
- Shenzhen (Editions l'Association, 2000)
- Chroniques Birmanes (Editions Delcourt, Collection Shampoing, 2007)
- Chroniques de Jérusalem (Editions Delcourt, Collection Shampoing, 2011)
En Birmanie et à Jérusalem, il suit sa femme qui travaille pour médecins sans frontières.

Et si vous vous interessez à la Corée du Nord, je vous recommande ces 2 très bons documentaires :
- A State of Mind (Daniel Gordon, UK, 2004) qui suit les préparatifs de 2 jeunes filles pour les Mass Games.
- Crossing the Line (Daniel Gordon, UK, 2006) qui nous présente le transfuge américain James Dresnok qui a fuit les Etats-Unis dans les années 60 pour venir se réfugier en Corée du Nord.

lundi 3 février 2014

Des films qui font voyager #1 : The Lunchbox

J'ai découvert ce petit bijou très récemment, un feel-good movie (un film qui fait chaud au coeur, qui fait du bien) un film frais, drôle et touchant à la fois, un vrai coup de coeur.

The Lunchbox (2013)
Réalisé par Ritesh Batra (Inde)
Avec  Iirfan Khan, Nimrat Kaur, Nawazuddin Siddiqui
Version originale Hindi/anglais.
Durée : 1h44


Synopsis : Sur les conseils de sa voisine, Ila décide de préparer un bon petit plat pour reconquérir son mari qui ne la regarde plus. Confiante, elle le confie à un service de livraison. Mais le soir quand il rentre, elle attend en vain des compliments... Après quelques jours elle s'apercoit finalement que sa lunchbox n'a pas été livré à la bonne personne et décide donc de correspondre avec l'inconnu qui mange ses bons petits plats. C'est Sajaan, un employé de bureau aigri et proche de la retraite, qui les réceptionne....


Ce film est une plongée dans le quotidien de gens ordinaires, une belle jeune femme au foyer qui se sent délaissée, un employé de bureau aigri et son jeune collègue débutant prêt à tout pour bien faire, interprétés avec brio par un trio d'acteurs épatants.

Ici l'Inde que l'on découvre est loin des clichés Bollywoodiens, elle fait plus authentique, moins fantastique. Au milieu du bruit, des couleurs et des senteurs (que l'on se prend à imaginer quand tous les bons petits plats sont décrits!) on découvre une curiosité culturelle (pour nous français) : le système des lunchbox.

La lunchbox -qui donne son titre au film- est une pratique spécifique à l'Inde (en particulier à Mumbai): dans la classe sociale moyenne, la plupart des employés de bureau se font préparer à manger par leur épouse ou un traiteur, et leur gamelle ("lunchbox") leur est livrée sur leur lieu de travail à l'heure du repas par une cohorte de coursiers spécialisés. Ainsi, chaque jour, des dizaines de milliers de repas sont réceptionnés à domicile et bringuebalés dans toute la ville par tous les moyens de transports possibles et inimaginables pour finalement arriver à bon port, sans "jamais aucune erreur" (ou tout du moins c'est ce que les livreurs nous assurent!).

Mi satire sociale, mi comédie sentimentale, le film sonne toujours juste et vous donnera l'eau à la bouche!

Un conseil : prévoyez de manger indien à l'issue de votre visionnage, vous en aurez une envie folle car la cuisine est au centre du film!
 
"Ma mère disait toujours : le mauvais train peut vous amener à la bonne gare"

[EDIT 3/03] "Dabawalla" de The Perennial Plate sur viméo. très chouette vidéo sur les Dabawalla, ces hommes qui transportent les lunchboxes. (VO ST anglais, 3.50')

dimanche 3 novembre 2013

"Touriste" de Julien Blanc-Gras

Un coup de coeur mensuel un peu différent puisqu'il s'agit cette fois-ci d'un livre :


Résumé
Certains veulent faire de leur vie une œuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d'être futile. De s'adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. J. B.-G.
(source: le livre de poche.com)

Tour à tour saisonnier dans une usine de poisson en Angleterre, figurant dans un film bollywoodien, rencontrant la réincarnation de Bouddha au Népal ou prenant un cour de salsa dans un barrio colombien, le "touriste" éponyme, ne semble pas correspondre à l'image que l'on s'en fait! En nous racontant de savoureuses anecdotes, à la fois drôles, tendres ou cruelles et nous faisant vivre de truculentes et improbables rencontres, le narrateur globe-trotteur nous fait partir à l'aventure avec lui.

Mais attention, même si on a l'impression d'en lire une, le roman se défend d'être une autobiographie... Il est cependant très facile de se dire que certaines histoires sentent vraiment le vécu, et que l'imaginaire se mêle à la réalité : comme le narrateur du roman, le métier de journaliste de l'auteur, Julien Blanc-Gras, l'a aussi porté aux quatre coins du monde.

Une reflexion plus profonde ressort aussi de ces pages, quand, par exemple, le narrateur pointe l'incongruité du voyage contemporain où l'on peut prendre un appel dans le désert, et où l'on peut voyager au dessus du pôle nord en chaussettes... Ou quand il s'applique à casser les mythes de lieux paradisiaques (comme Tahiti) et qu'il montre que n'importe où, on peut être confronté à la corruption ou l'indifférence qui tue (à Madagascar).
Une des histoires qui m'a beaucoup touchée est celle des travailleurs illégaux qu'il rencontre à l'usine de poisson à Hull en Angleterre : il remarque que lui travaille pour voyager, alors qu'eux voyagent (parfois des milliers de kilomètres) pour travailler...  Ca nous remet gentillement à notre place de privilégié occidental.

"Touriste" nous fait donc un peu rêver et beaucoup réfléchir à notre statut de voyageur/touriste, la place du tourisme dans le monde et tout ce que celà signifie....  Le tout sur un ton cependant léger et réjouissant, qui nous fait beaucoup sourire, et parfois même rire.

Des comparaisons et métaphore savoureuses parsèment la lecture. Voici une drôlissime pépite, pour finir la chronique sur un ton plus frivole:
[En séjour forcé dans un club de vacance, le narrateur n'en peut plus] « De tous les touristes, il est une figure redoutable et bien connue, qui fait frémir tous les jeunes gens dotés d’un sac à dos. Je veux bien sûr parler de l'allemandenshort. Tentons une définition. L’allemandenshort désigne un gros touriste âgé de plus de 40 ans et doté d’un bedon confortable sur lequel repose un caméscope. Il a un short, c’est entendu. Il voyage en groupe, parfois en famille, jamais seul. Contrairement à une idée reçu, l'allemandenshort n'a pas nécessairement la nationalité allemande. C'est ce qu'on appelle un faux-ami. En effet, le concept dépasse très largement le concept de la Germanie. L'allemandenshort peut très bien être hollandais ou danois. Il est facilement autrichien, celà va sans dire. Il ne faut pas se voiler la face : il lui arrive d'être français.
Restant bon enfant, il conclut cependant : "Mon sac à dos et ma solitude ne me confèrent aucune supériorité morale sur le troupeau. Simplement je préfère le contourner. »
Bref, ce petit roman est à se procurer d'urgence pour un dépaysement total, et puis à dévorer d'une traite ou à savourer petit à petit, selon vos envies!

"Touriste" Julien Blanc-Gras
Editions le livre de poche
264 pages (trop court!!)
6.60