dimanche 3 novembre 2013

"Touriste" de Julien Blanc-Gras

Un coup de coeur mensuel un peu différent puisqu'il s'agit cette fois-ci d'un livre :


Résumé
Certains veulent faire de leur vie une œuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d'être futile. De s'adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. J. B.-G.
(source: le livre de poche.com)

Tour à tour saisonnier dans une usine de poisson en Angleterre, figurant dans un film bollywoodien, rencontrant la réincarnation de Bouddha au Népal ou prenant un cour de salsa dans un barrio colombien, le "touriste" éponyme, ne semble pas correspondre à l'image que l'on s'en fait! En nous racontant de savoureuses anecdotes, à la fois drôles, tendres ou cruelles et nous faisant vivre de truculentes et improbables rencontres, le narrateur globe-trotteur nous fait partir à l'aventure avec lui.

Mais attention, même si on a l'impression d'en lire une, le roman se défend d'être une autobiographie... Il est cependant très facile de se dire que certaines histoires sentent vraiment le vécu, et que l'imaginaire se mêle à la réalité : comme le narrateur du roman, le métier de journaliste de l'auteur, Julien Blanc-Gras, l'a aussi porté aux quatre coins du monde.

Une reflexion plus profonde ressort aussi de ces pages, quand, par exemple, le narrateur pointe l'incongruité du voyage contemporain où l'on peut prendre un appel dans le désert, et où l'on peut voyager au dessus du pôle nord en chaussettes... Ou quand il s'applique à casser les mythes de lieux paradisiaques (comme Tahiti) et qu'il montre que n'importe où, on peut être confronté à la corruption ou l'indifférence qui tue (à Madagascar).
Une des histoires qui m'a beaucoup touchée est celle des travailleurs illégaux qu'il rencontre à l'usine de poisson à Hull en Angleterre : il remarque que lui travaille pour voyager, alors qu'eux voyagent (parfois des milliers de kilomètres) pour travailler...  Ca nous remet gentillement à notre place de privilégié occidental.

"Touriste" nous fait donc un peu rêver et beaucoup réfléchir à notre statut de voyageur/touriste, la place du tourisme dans le monde et tout ce que celà signifie....  Le tout sur un ton cependant léger et réjouissant, qui nous fait beaucoup sourire, et parfois même rire.

Des comparaisons et métaphore savoureuses parsèment la lecture. Voici une drôlissime pépite, pour finir la chronique sur un ton plus frivole:
[En séjour forcé dans un club de vacance, le narrateur n'en peut plus] « De tous les touristes, il est une figure redoutable et bien connue, qui fait frémir tous les jeunes gens dotés d’un sac à dos. Je veux bien sûr parler de l'allemandenshort. Tentons une définition. L’allemandenshort désigne un gros touriste âgé de plus de 40 ans et doté d’un bedon confortable sur lequel repose un caméscope. Il a un short, c’est entendu. Il voyage en groupe, parfois en famille, jamais seul. Contrairement à une idée reçu, l'allemandenshort n'a pas nécessairement la nationalité allemande. C'est ce qu'on appelle un faux-ami. En effet, le concept dépasse très largement le concept de la Germanie. L'allemandenshort peut très bien être hollandais ou danois. Il est facilement autrichien, celà va sans dire. Il ne faut pas se voiler la face : il lui arrive d'être français.
Restant bon enfant, il conclut cependant : "Mon sac à dos et ma solitude ne me confèrent aucune supériorité morale sur le troupeau. Simplement je préfère le contourner. »
Bref, ce petit roman est à se procurer d'urgence pour un dépaysement total, et puis à dévorer d'une traite ou à savourer petit à petit, selon vos envies!

"Touriste" Julien Blanc-Gras
Editions le livre de poche
264 pages (trop court!!)
6.60

2 commentaires:

  1. J'avais beaucoup apprécié la lecture, mais le côté "roman" et non "autobiographie" ou "récit de voyage" m'a gêné. Car où commence l'exagération, la transformation d'un paysage ?
    L'impression de ne pas pouvoir faire confiance à ma lecture m'a laissé songeuse tout du long.

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    1. Je comprend tout à fait ta réaction!
      à vrai dire, j'ai lu le livre en pensant que c'était une autobiographie, et ce n'est qu'après ma lecture que j'ai réalisé que ça n'en était pas une... Sur le coup j'ai été un peu déçue que toutes ces aventures n'aient pas vraiment existé, mais je pense cependant que c'etait très largement inspiré de la réalité!

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