mercredi 6 mars 2013

Singapour - la société

Sans plus tarder, voilà la suite de mes billets sur Singapour.
Tout ce que vous pourrez lire ci-dessous est en quelque sorte le compte-rendu de nombreuses discussions avec ma colloc Singapourienne, mes propres observations et quelques recherches pour plus de détails.


Géographie : Cet état minuscule se situe entre la Malaisie au nord et l’Indonésie au sud. Il est si petit qu'un bus municipal relie le centre-ville à la Malaisie en moins d'une heure! Il est donc extrêmement dépendant de son voisin Malaisien en ce qui concerne la nourriture et l’eau notamment. 
(source: gettingaround.net)
Politique : Sur le papier, Singapour est une république constitutionnelle parlementaire (sur le modèle Britannique). En réalité, le mode de gouvernement se rapproche plus de l’autoritarisme que d’une démocratie multipartiste : depuis l’indépendance, seuls 3 premier ministres, membres du même parti, se sont succédés. Le premier d’entre eux, Lee Kwan Yew a dirigé le pays pendant 25 ans (1965-1990) et est considéré comme le père de la Singapour moderne. C’est grâce à lui que Singapour est passée d’ancienne colonie sous-développée à l’une des économies les plus florissantes au monde. C’est aujourd’hui son fils qui gouverne, mais il reste encore une figure politique très proéminente et influente dans toute l’Asie du Sud-Est.

Singapour est une société de paradoxes  

 

C'est une société multiculturelle et cosmopolite de part son immigration historique : chinoise, malaysienne, indienne, et britannique dans une moindre mesure.
Des quartiers très typiques : Little India, Chinatown, Arab Street. Les mosquées et temples hindous et bouddhistes se côtoient dans toute la ville.

Les habitants sont encouragés à maintenir leurs traditions tout en embrassant un mode de vie conformiste et moderne. Le calendrier officiel reconnait et observe de nombreuses fêtes religieuses et culturelles pendant l'année (comme le nouvel an chinois dont j'ai précedemment parlé) et toutes les communautés cohabitent pacifiquement.

L’anglais a été choisi comme langue véhiculaire pour unifier le pays et 85% de la population le parle à divers degrés... Mais l’anglais parlé à Singapour diffère beaucoup de ce à quoi on est habitué ! Avec le métissage des populations est apparu le Singlish, qui mélange des intonations du hokkien (dialecte chinois) et des mots de malais et de Hokkien. "Lah" est la plus connue des expressions singapourienne, utilisée comme emphase en fin de phrase.

Qui dit métissage des cultures dit aussi fusion des cuisines! On peut donc tester des plats délicieux, des spécialités typiquement singapouriennes comme le chili crab ou le hainanese chicken rice.
Les singapouriens aiment tellement manger qu'il ont décidé de créer un repas en plus appelé supper, (nous on a bien le goûter!) qu'on peut caser à tout moment de la journée (mais surtout tard le soir).
 
La ville est *littéralement* une jungle urbaine :  on trouve une végétation luxuriante dans toute la ville...
...et au bord des routes
Il est vrai que Singapour est une jungle urbaine, qu'elle regorge de béton, de HLM et de centres commerciaux (c'est un paradis du shopping) et qu’elle semble parfois « aseptisée ». Beaucoup d’endroits de la ville sont cependant plein de charme et on peut encore observer beaucoup d’immeubles à l’architecture coloniale. 

Chinatown
Marina Bay Sands

L’ultra moderne et le traditionnel se côtoient sans gène.


L'une des remarques qui revient souvent quand on parle de Singapour, est que c'est un état très stricte.
Je ne contredirais pas cette remarque, mais j'aimerai parler de la notion de  « contrat social » :
Les gens ont effectivement conscience de vivre dans une société très policée, mais renoncer à un peu de leurs libertés c’est le prix qu’ils acceptent de payer pour profiter d’un système extrêmement efficace (services publics, logement, éducation…) et pour se sentir en sécurité. En contrepartie, si le système débloque (métro en retard, etc...) le gouvernement reçoit des plaintes virulentes (les français semblent doux comme des agneaux en comparaison).

 En ce qui concerne les "services":
La majorité des habitants vivent dans des logements de l'Etat - l'équivalent de nos HLM. Leur développement massif dans les années 60 a permis d’éradiquer les bidonvilles et squats et de parer à une pénurie de logement. Mais aujourd'hui, le privé est en pleine expension avec tous les extras qu'il peut fournir (piscine, salle de gym, etc...)
* La taxe pour posséder une voiture est exorbitante (90 000$ pour 10 ans)  afin de promouvoir les transports en commun et décongestionner le centre ville.
* Singapour a d'excellentes écoles et hopitaux et n'a rien à envier aux pays occidentaux, mais l'éducation et la santé se payent, et cher.
* L'Etat encourage la consommation de masse en créant toujours plus de centres commerciaux. Sur Orchard Road, en plein centre-ville, on en dénombre pas moins de 22! Toutes les plus grandes marques de luxe ont pignon sur rue. Le shopping est une vraie religion à Singapour.

à l'intérieur d'un centre-commercial... Je me suis aussi laissée prendre au jeu!
Il est vrai qu'il y a de nombreux interdits mais on peut quand même boire dans la rue, car l'alcoolisme n'est pas un problème de société! La plupart des gens conduisent aussi bien au-dessus de la vitesse limite sans répercussions. Mais, étonnament, la vente de chewing-gum (sauf chewing-gum à effets « thérapeutique ») est interdite, pour garder les rues propres. Je me suis d'ailleurs rendue compte en entrant dans le pays que j’avais passé un paquet en contrebande!
interdits dans le métro
Le « vice » se paye :  les cigarettes et de l’alcool sont très chers, comme l'entrée au casino (100$ pour les singapouriens, gratuit pour les étrangers)  

Sur la question des droits de l'homme (ce n'est pas quelque chose dont j'ai été témoin, mais je pense qu'il est important de le mentionner)
* La peine de mort est encore en vigueur et systématique pour le meurtre et le trafic de drogue : pendaison pour 15g d'héroine, 30g de cocaine, 500g de cannabis, 4 tablettes de xanax
* Les châtiments corporels (un système hérité de la colonisation Britannique) sont encore très utilisés (c’est la sentence prescrite pour 42 crimes) et institutionnalisés (dans les écoles pour garçons et dans l’armée). Les criminels les plus souvent condamnés aux coups de canne sont les consommateurs de drogue et les immigrants illégaux. 
* La liberté d’expression et de la presse est restreinte. La censure de contenus à caractère sexuel, politique, ou sensible d’un point de vue racial ou religieux est assez importante. Beaucoup de journalistes pratiquent l’autocensure.
* Les rassemblements à l’extérieur et donc les manifestations sont interdites (à moins d’avoir une autorisation de la police…)

L'une des choses qui m'a vraiment choquée à Singapour est le fait que la dénonciation soit une pratique très courante : on trouve par exemple des photos des gens qui sont partis sans payer dans les restaurants ou ont fait du vol à l’étalage dans les magasins. Il existe même un site ou les habitants peuvent envoyer des photos de gens "en flagrant délit", pris à manger dans le métro, à griller un feu rouge ou autre...

En somme, il fait plutôt bon vivre à Singapour si on a les moyens... Et si on accepte le contrat social et tout ce qu'il implique.

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